Rencontre Thomas Appéré, créateur de panoramas de l’espace

thomas appéré interview

Bonjour Space Lovers ! Nous sommes aujourd’hui avec Thomas Appéré, Docteur en planétologie, professeur de physique et expert en traitement d’images. Il traite les images provenant de l’espace, en particulier de la planète Mars, pour créer d’impressionnants panoramas et des images à 360° afin que vous puissiez profiter de la planète Mars comme si vous y étiez. Thomas répond à nos questions sur son hobby chronophage mais fascinant. C’est parti !


From Space With Love – Bonjour Thomas, et merci beaucoup d’être avec nous aujourd’hui !

Thomas Appéré – Bonjour. Merci de m’accueillir !


From Space With Love – Peux-tu te présenter ainsi que ton travail, en quelques mots ?

Thomas Appéré – Je m’appelle Thomas Appéré, j’ai 35 ans et mon travail consiste à enseigner la physique et la chimie dans un lycée en France. Je suis également docteur en planétologie. Et ce qui est intéressant ici, c’est de parler de mon hobby concernant le traitement d’images de vaisseaux spatiaux, de rovers et d’atterrisseurs. C’est l’un de mes loisirs préférés ! J’aime traiter des images envoyées par Curiosity, InSight, New Horizons, etc. Alors qu’est-ce que je fais avec ces photos ? Je poste sur les médias sociaux. Je télécharge ces images sur des sites internet (par exemple, sur le site Web de la NASA ou de l’ESA). Ensuite, je les assemble pour créer des panoramas. Je fais également du post-traitement pour ajuster les niveaux des images, les niveaux de couleur, les contrastes, sur la base des données calibrées afin de montrer ce que nous verrions, ce qu’un œil humain verrait sur Mars.

C’est donc une sorte d’expérience immersive que je propose avec ces panoramas, et j’essaie de créer des expériences de réalité virtuelle pour proposer une expérience plus moderne, je dirais. Vous êtes encore plus immergé dans les panoramas, dans les paysages avec ce genre de réalité virtuelle.

mars panorama thomas appéré

The foothills of Mount Sharp – Voir en Full HD


From Space With Love – OK ! Tu veux dire que ton travail est également visualisable avec un casque de réalité virtuelle à 360° ? Nous pouvons également voir ton travail avec ce type d’équipement ?

Thomas Appéré – Oui, exactement. En fait, je fais ce travail uniquement pour le rover Curiosity. Je prévois de le faire aussi, par exemple, pour le rover et l’atterrisseur Chang’e 4. Je voudrais faire ces panoramas à 360° pour d’autres vaisseaux spatiaux, mais jusqu’à présent, je m’en tiens à Curiosity car il y a beaucoup de travail à faire et ce travail est seulement possible lorsque le rover Curiosity prend un panorama complet. C’est possible par exemple avec la caméra Mastcam. Il y a des panoramas complets régulièrement mais le champ de vision est souvent limité à la direction que prendra le rover. C’est uniquement pour planifier la direction du rover.

Mais parfois, l’équipe Curiosity décide d’imager l’ensemble du panorama à 360°, avec ce qui est également observable verticalement. Ils observent les roues du rover, le corps du rover et aussi un peu du ciel. Et mon travail ici est de broder toutes ces images, environ 100 images, et de donner une bonne expérience, j’ajoute également des morceaux de ciel sur Photoshop, donc je modélise un ciel avec des dégradés de couleurs pour fusionner ces couleurs avec les couleurs observées sur le panorama. Il est assez difficile d’obtenir une bonne fusion entre le ciel observé par Curiosity et le ciel que je modélise.

Et quand vous obtenez ce panorama – panorama à 360° horizontalement, 180° verticalement – alors vous pouvez uploader cette image dans, par exemple, le site internet de Roundme qui propose de télécharger des panoramas de réalité virtuelle. Lorsque ce panorama est disponible sur ce type de site internet, vous pouvez simplement prendre votre smartphone, accéder au site internet sur votre smartphone, puis afficher ce panorama. Il existe un moyen de le voir avec un écran divisé et vous pouvez le voir avec, par exemple, avec des lunettes Google Cardboard ou avec un casque de réalité virtuelle.


Curiosity at Buckskin drilling site – sol 1065 – Credits : NASA/processed by Thomas Appéré


From Space With Love – Qu’est-ce qui te motive à faire cela ? Est-ce uniquement un hobby ou as-tu d’autres objectifs ?

Thomas Appéré – Au début, c’était juste un passe-temps. J’ai commencé quand j’avais 20 ans. En fait, j’ai assisté à l’atterrissage des rovers Opportunity et Spirit quand j’étais au lycée. J’ai donc suivi l’exploration de Mars avec ces rovers. J’ai suivi très activement les mises à jour de l’équipe du JPL. Et une façon de partager ma passion pour cette exploration de Mars était de contribuer à un site français, dont le webmaster est Olivier Poch. Il est actuellement chercheur postdoctoral à Grenoble (France) et travaille sur l’exobiologie. Il a créé ce site internet pour partager sa passion pour Mars et m’a proposé de télécharger quelques images de Mars, mais uniquement des images figurant sur le site internet de la NASA, et d’ajouter quelques lignes de commentaire pour expliquer ce que nous voyons et ce que le rover fera d’après le plan de mission.

Et puis j’ai trouvé un logiciel pour assembler des images. C’est le type de logiciel livré avec votre appareil photo pour assembler des images. Donc c’était très facile à utiliser, j’ai mis ces images du rover Spirit, j’ai cousu ces images et j’ai obtenu le panorama entier. Donc c’était assez moche au début ! Ce n’était pas le genre de panoramas que je fais à l’heure actuelle, mais c’était la première étape de cette passion pour le traitement de l’image : obtenir le genre de rendu obtenu par le JPL, mais uniquement par moi-même. C’était uniquement un loisir amusant de faire ça.


First panorama by Chang’e 4 – Credits : CNSA/processed by Thomas Appéré

En fait, j’ai un drôle de souvenir à propos de ça. Quand j’étais jeune étudiant, j’avais 20 ans, j’ai imprimé 20 ou 30 images obtenues par le rover Opportunity dans son cratère – il a atterri dans le cratère Eagle je pense – j’ai imprimé toutes ces 20 ou 30 images et je les ai collées sur les murs de ma chambre pour pouvoir faire un panorama avec juste des bouts de scotch, les images à côté des autres. C’était mon tout premier panorama. Et puis j’ai fait ça avec un ordinateur. C’était plus facile à partager. Mon premier panorama a été dans ma chambre en collant des images !

Et puis j’ai fait cela pendant plusieurs années lorsque j’étais dans une école d’ingénieur. J’ai continué ce passe-temps. Je disposais de moins de temps, mais j’ai essayé de le faire pour essayer de coloriser également les images, car les rovers Spirit et Opportunity prenaient des images avec des filtres de couleur, donc j’ai essayé de le faire dans Photoshop et Gimp. Et puis, une fois que les images sont colorisées, je les ai assemblées pour obtenir un panorama ou une mosaïque.

mars panorama thomas appéré

Finely layered outcrop – Voir en Full HD


From Space With Love – As-tu déjà parlé de ces images traitées avec des agences spatiales, avec la communauté scientifique pour exposer ou dans le cadre d’une conférence par exemple ?

Thomas Appéré – Je donne assez souvent des conférences publiques. Au cours de ces conférences de sensibilisation, je présente mon travail mais je n’ai jamais donné de conférence sur mon travail, j’ai l’intention de le faire à la fin du mois de septembre. Je donnerai une conférence sur le traitement des images de Mars (images provenant de Curiosity et InSight), près de Nantes, en France. Et puis j’en ferai aussi en janvier.

Je sais que la communauté scientifique s’intéresse à mon travail mais également au travail d’autres personnes de la communauté du traitement d’images. Nous sommes quelques uns à traiter ce type d’images. Si vous êtes sur Twitter, vous verrez peut-être tous ces types fouiller dans les images disponibles dans les archives d’images ! Nous essayons de télécharger toutes les données brutes cachées dans l’ensemble des 10 000 images prises par leurs vaisseaux spatiaux. Et nous essayons de trouver les bons, les très bons, et de les fusionner. Et quand j’ai fait les premiers selfies de Curiosity, j’ai essayé de créer des gifs, des animations de plusieurs selfies pour montrer l’accumulation de poussière sur le corps de Curiosity.


Curiosity at Bradbury Landing Site – sol 3 – Credits : NASA/processed by Thomas Appéré

Et je les ai envoyés à Ashwin Vasavada, chercheur scientifique de Curiosity. Il est chargé de définir les tâches scientifiques de Curiosity. Il était très intéressé par cette animation. Un de mes amis, un scientifique français s’est rendu à des conférences sur les sciences planétaires à Houston. Il m’a dit qu’il avait vu cette animation lors de la conférence. Ce fut un honneur de savoir que certains scientifiques utilisent mon travail pour montrer à leurs collègues ce que nous pouvons faire avec ces images et ce que le rover subit (accumulation de poussière etc.) grâce à ces images.

J’ai également gardé quelques contacts avec mes anciens collègues. J’ai un doctorat en sciences planétaires. Je me suis donc engagé dans la science planétaire, ce qui signifie qu’entre 2008 et 2013, j’ai effectué des recherches sur Mars et que je participais à plusieurs projets de sondes spatiales, tels que Mars Express et Mars Reconnaissance Orbiter. J’ai donc rencontré beaucoup de scientifiques planétaires, notamment à Nantes, au Laboratoire de planétologie et de géodynamique.

mars panorama thomas appéré

Vera Rubin Ridge – Voir en Full HD

Et l’un d’entre eux, Stéphane Le Mouélic, est un ingénieur en recherche qui travaille sur ChemCam, un laser qui tire sur des roches martiennes. Il participe également au traitement d’images pour réaliser de la réalité virtuelle avec François Civet, PDG d’une entreprise qui développe des logiciels en réalité virtuelle pour l’espace. Il est très intéressé par mes réalisations et nous partageons quelques expériences à ce sujet, et je sais que la communauté scientifique est intéressée par ces réalisations.

Ces panoramas que nous faisons avec des collègues, nous essayons de les faire avant que la NASA ne publie ses propres panoramas. Nous essayons de respecter le calendrier. Lorsque Curiosity prend une photo, nous pouvons l’avoir quelques heures après sa prise. Elles sont envoyées sur Terre. Nous les téléchargeons et essayons de faire le panorama quelques heures après la prise des photos, puis nous les publions sur Twitter, sur un forum tel que le forum Unmanned Spaceflight… Et il est amusant de voir que quelques jours plus tard, la NASA publiera son propre panorama, son panorama officiel, qui est généralement très proche de ce que nous avons fait.


From Space With Love – Parlons des origines : quand et comment est né ton intérêt pour la science planétaire et plus généralement pour l’espace ?

Thomas Appéré – C’est une bonne question ! Je pense que tous les astrophysiciens aiment qu’on leur pose cette question parce que l’intérêt pour l’espace conduit généralement votre vie. Si vous avez le virus pour l’exploration spatiale, vous l’avez toute votre vie. Et du côté scientifique, il y a quelque chose de nouveau chaque année : nouveaux vaisseaux spatiaux, nouvelles fusées avec SpaceX …

Mon intérêt pour l’espace est né quand j’étais enfant, quand j’avais environ 10 ou 11 ans. J’étais avec mon père qui m’a amené à un rassemblement de personnes observant les étoiles. Je pense que c’était la “Nuit des Etoiles”, en France. Je me souviens d’avoir observé Saturne avec une lunette astronomique et j’ai été ravi d’avoir observé Saturne et ses anneaux. J’ai été vraiment surpris par la forme de ce que j’ai observé. Ce n’était pas juste un point comme une étoile, une étoile est juste un point de lumière. Ici, c’était comme un joyau dans le télescope et dans le ciel. C’était vraiment inhabituel de voir ces cercles, ces bagues. Cela a suscité mon intérêt.

mars panorama thomas appéré

Morning sun on the foothills of Mount Sharp – Voir en Full HD

A l’école, j’ai lu des livres sur l’astronomie puis j’ai découvert Mars. Je savais que Mars existait mais j’ai découvert l’énorme topographie de Mars (c’est une similitude avec la Terre), le fait que peut-être la vie est apparue sur Mars il y a quatre milliards d’années… C’était vraiment excitant de découvrir tous ces nouveaux paysages dans ces conditions très différentes des conditions sur la Terre.


From Space With Love – Nous avons parlé des origines, parlons de l’avenir ! Selon toi, la surface de quelle planète ou lune faut-il explorer prochainement et pourquoi (d’un point de vue géologique) ?

Thomas Appéré – C’est le genre de question que les gens qui ont de l’argent demandent aux planétologues, car il n’y a pas beaucoup d’argent pour l’espace, on parle de millions de dollars ou en euros. Ce n’est pas beaucoup d’argent par rapport aux dépenses militaires ou à d’autres budgets. Lors d’une mission spatiale, vous devez payer des personnes. Non seulement pour les fusées, non seulement pour les engins spatiaux ou la technologie, mais également pour toutes les personnes impliquées dans ces missions. Donc, il s’agit d’emplois. Lorsque vous parlez d’une mission spatiale de plusieurs millions de dollars, vous parlez d’emplois et de technologies que vous développez pour le grand public par la suite.

mars panorama thomas appéré

One of the Murray Buttes with a pyramidal rock on its edge – Voir en Full HD

Alors, quand tu demandes à quelqu’un quel endroit devons-nous étudier, quel endroit est intéressant à étudier, c’est une très bonne question car on doit le choisir avec soin. Vous savez que la mission Dragonfly a récemment été sélectionnée pour explorer Titan avec un drone. C’est donc une mission vraiment intéressante et je suis vraiment excité par cette mission. Donc, à mon avis, nous vivons dans un âge d’or de l’exploration spatiale et il reste encore beaucoup de lieux à explorer. Nous avons exploré toutes les grandes planètes de notre système solaire et Pluton, la plus grande planète naine. Nous avons également exploré Ultima Thule, l’un des objets de la ceinture de Kuiper. Nous avons également exploré plusieurs astéroïdes tels que Ryugu et Bennu. Nous avons exploré beaucoup d’objets dans notre système solaire.

La question qui anime actuellement l’exploration spatiale concerne l’exobiologie, la recherche de la vie. Y a-t-il de la vie ailleurs dans notre système solaire ? Pourquoi la vie est apparue sur Terre ? Je pense que ce sont les deux questions principales qui motivent l’exploration spatiale. Donc, pour répondre à cette question, je pense que les lunes ou les planètes les plus intéressantes sont Encelade, la lune de Saturne avec ses geysers et ses océans, son énergie, ses molécules organiques ou plutôt – à mon sens – ses molécules de carbone. En fait, j’essaie de ne pas utiliser le terme “molécules organiques”, car lorsqu’on dit “organique”, les gens pensent que c’est la vie. Ce n’est pas la vie, ce sont des molécules à base de carbone. Je préfère donc parler de “molécules de carbone”. La vie a tous les ingrédients pour apparaître et nous ne savons pas si la vie est apparue. Donc, je pense que c’est un endroit très intéressant à étudier.

Aussi je sélectionnerais Europe, la lune de Jupiter, et Titan, car il y a toute une chimie dans la haute atmosphère avec des précipitations à la surface. C’est un endroit décrit comme une Terre gelée. Peut-être que la vie y est apparue. Je pense que si la vie est apparue, ce n’est pas à la surface, c’est plutôt en-dessous, dans l’océan situé sous la surface. Et c’est vraiment un endroit intéressant à étudier.


Curiosity at Namib dune – sol 1197 – Credits : NASA/processed by Thomas Appéré

Peut-être que tu es surpris que je n’ai pas parlé de Mars. Mars est très intéressant car c’était un endroit semblable à la Terre il y a 4 milliards d’années. Nous attendons de trouver des traces de vie sur Mars. Nous voulons trouver des fossiles ou peut-être des bactéries. Si nous trouvons des bactéries, nous devons nous assurer que ce ne sont pas des bactéries apportées de la Terre. Il n’est donc pas si facile d’évaluer si la vie est apparue sur Mars, mais c’est l’un des endroits du système solaire où la vie est peut-être apparue, mais où il n’y a plus d’eau liquide. Mais il y a de l’eau liquide sur Europe et Encelade.

Le Top 10 de Thomas Appéré pour les Space Lovers


From Space With Love – Maintenant, partage ton Top 10 avec les Space Lovers. Tout d’abord, peux-tu sélectionner un lieu lié à l’espace ?

Thomas Appéré – Les français connaissent la Cité de l’espace à Toulouse, en France. Je ne suis jamais allé à la Cité de l’espace, mais j’aimerais bien en faire l’expérience. Il existe plusieurs dispositifs permettant de faire l’expérience de la gravité de la Lune, de voir une réplique du rover Curiosity qui a été construite par des étudiants, ce qui représente vraiment beaucoup de choses concernant l’espace. J’aimerais beaucoup y aller.

Si je peux sélectionner un autre lieu lié à l’espace, je mentionnerais le Houston Space Center. Je l’ai visité quand j’étais étudiant en doctorat. J’ai adoré voir la fusée Saturn 5, elle est exposée horizontalement afin que nous puissions voir les différentes parties de la fusée. Vous voyez alors à quel point c’est énorme en réalité. Vous voyez les réservoirs de carburant, les moteurs de la fusée. C’est vraiment impressionnant. Vous voyez également les combinaisons spatiales des astronautes. Il y a beaucoup de choses liées à l’espace, le programme spatial américain. C’est très intéressant !


From Space With Love – OK ! Une expérience à vivre ?

Thomas Appéré – Si vous aimez l’espace, ce que vous devez vivre, c’est l’atterrissage d’un vaisseau spatial, par exemple sur Mars ou sur un astéroïde, avec des personnes partageant votre passion, avec des personnes qui sont fans de l’espace. C’est vraiment formidable, vraiment excitant. Lors de l’atterrissage d’InSight sur Mars, j’étais à mon lycée. Nous avons une salle de conférence où nous pouvons inviter des gens. J’ai invité des personnes impliquées dans la mission à participer par téléphone ou par Skype. Et il y avait aussi Marion Massé, ingénieure dans un laboratoire de sciences planétaires.

NASA InSight

Représentation artistique d’InSight sur Mars – Image by NASA [Public Domain], via Wikimedia Commons

Nous avons donc présenté la mission aux étudiants (mes étudiants et les étudiants de mon lycée), puis il y a eu le compte à rebours avant l’atterrissage et la pression était très forte dans la pièce. Nous avons ressenti le stress des gens. Et puis l’atterrissage a eu lieu et tout a fonctionné parfaitement. Nous étions si heureux de le partager avec d’autres personnes. C’est aussi très intéressant de le voir sur son ordinateur, dans sa chambre. Mais si vous êtes seul, ce n’est pas la même chose. Si vous le partagez avec d’autres personnes, c’est vraiment énorme.

Une autre expérience que je n’ai pas encore vécue serait de voir le lancement d’une fusée d’une mission à destination de Mars par exemple. De même, assister à l’atterrissage au JPL par exemple, ou dans un lieu où des personnes travaillant pour la mission sont réunis pour assister à l’atterrissage. Les personnes qui ont conçu les instruments du rover ou de l’atterrisseur ont passé plusieurs années à travailler sur ces engins et sont très stressés par la mission. S’ils se bloquent, c’est plusieurs années qui vont à la poubelle. Quand cela fonctionne, c’est vraiment excitant de partager avec ces personnes.


From Space With Love – Une personne célèbre ?

Thomas Appéré – Célèbre dans la communauté des scientifiques planétaires, je citerais François Forget, qui est un scientifique français. Il était une sorte de mentor pour moi quand j’étais doctorant. En fait, il est intéressé par plusieurs objets planétaires. Il travaille sur la climatologie martienne, sur des exoplanètes, sur Titan … Il travaille donc sur l’atmosphère de presque tous corps planétaires qui ont une atmosphère. Et aussi sur les atmosphères de corps célestes situés au-delà du système solaire.

Il a aussi toujours beaucoup d’idées. Il adore communiquer sur son travail. Il est vraiment gentil, c’est quelqu’un de profondément sympathique. Il donne des conférences de sensibilisation, ainsi vous pouvez le voir lors d’une conférence. J’apprécie vraiment beaucoup cette personne.


From Space With Love – As-tu un livre à partager ?

Thomas Appéré – Pas un seul livre, mais trois livres : la trilogie sur Mars de Kim Stanley Robinson. Ces trois livres m’ont fait aimé Mars. Si vous lisez ce livre, vous avez vraiment l’impression d’être sur Mars. C’est vraiment bien écrit, cela explique la façon dont nous pourrions vivre sur Mars, bouger sur Mars ou, si nous voulions terraformer Mars, comment cela se produirait… C’est un livre vraiment intéressant sur Mars.


From Space With Love – Et quel est ton film ou série préféré sur l’espace ?

Thomas Appéré – Sur le thème spatial, j’ai adoré Interstellar. C’était un très bon film, j’ai adoré. Concernant une série, peut-être la série Mars qui a été diffusée sur National Geographic. C’était très bien fait, c’est une bonne introduction à la science sur Mars.


From Space With Love – Et as-tu joué à un jeu ou à un jeu vidéo en relation avec l’espace ?

Thomas Appéré – Je n’ai plus le temps de jouer, à cause de mon hobby de traitement d’images planétaires. Je n’ai plus le temps de jouer à un jeu vidéo ! Mais quand j’avais 15 ou 16 ans, je jouais à Independence War 2 Edge Of Chaos. C’est un jeu d’espace, vous conduisez des vaisseaux spatiaux et vous devez explorer l’univers.

Ainsi, vous pouvez passer d’un système solaire à un autre. Il y a beaucoup de planètes à explorer. Je pense que les jeux modernes font la même chose avec un facteur exponentiel. C’était donc le début de ce genre de jeux. J’adore les jeux où vous êtes libre d’explorer un univers immense. Donc, ce jeu était très bon pour ça.


From Space With Love – Connais-tu de la bonne musique sur le thème de l’espace ?

Thomas Appéré – J’ai aimé le film Interstellar, et j’ai aussi aimé la bande originale du film. Je la mets quand je travaille, quand je traite des images.

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From Space With Love – Quel projet prometteur mentionnerais-tu ?

Thomas Appéré – Je ne serai pas très original : je dirais Blue Origin, ou un autre projet liée au développement du tourisme spatial. Non seulement parce qu’il devient possible d’aller dans l’espace pour les gens “ordinaires”, mais aussi parce que je pense que plus de gens iront dans l’espace pour voir la rotondité de la Terre, la Terre vue d’en haut, plus la conscience de la fragilité de la Terre se répandra.

J’espère que le sentiment écologique augmentera avec l’augmentation du nombre de personnes allant dans l’espace, pas seulement pour le plaisir, pas seulement pour faire l’expérience de la 0G, mais aussi pour voir que la Terre n’est qu’une petite planète dans un vaste univers et que nous sommes vraiment chanceux d’avoir cette planète telle qu’elle est. Et nous devons la protéger.


From Space With Love – A ton avis, quel est le pays le plus prometteur ?

Thomas Appéré – Pour le pays le plus prometteur en termes d’exploration spatiale, je sélectionnerais la Chine, car la Chine va très vite dans le développement d’engins spatiaux, de programmes inhabités et de programmes habités. Mon avis est que la Chine enverra les premiers taïkonautes sur la Lune avant 2030. Nous pouvons nous attendre à une nouvelle course vers la Lune.

cnsa taikonaut

Credits : CNSA


From Space With Love – Dernière question ! Tu as parlé de Blue Origin, mais selon toi, est-ce l’entreprise la plus prometteuse dans le domaine spatial ?

Thomas Appéré – Cela dépend de ce dont on parle. Si on parle de tourisme spatial, peut-être Blue Origin, mais il y a également SpaceX, qui est très prometteur avec tous ses programmes, non seulement sur le tourisme spatial, mais aussi sur l’exploration spatiale.

Elon Musk dit qu’il veut aller sur Mars. Je pense qu’il sait qu’il y a beaucoup de difficultés techniques à comprendre et que SpaceX doit aller au-delà de ces difficultés. Donc, je ne pense pas qu’il puisse s’en tenir à son calendrier, mais c’est toujours une entreprise très prometteuse qui réussit à faire atterrir les boosters de ses fusées. C’est très impressionnant !

spacex starship super heavy

Représentation artistique du Starship de SpaceX – Credits : SpaceX


From Space With Love – D’accord, merci beaucoup Thomas d’avoir répondu à nos questions.

Thomas Appéré – Merci !


From Space With Love – Au revoir !

Thomas Appéré – De rien, au revoir !

Suis Thomas Appéré sur

Interview réalisée en Juillet 2019
Images by NASA/JPL-Caltech/MSSS/processed by Thomas Appéré





Sources

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