Le programme spatial chinois, China National Space Administration (CNSA) et actualités

La CNSA multiplie les lancements de fusées

— Actualités du 10 juillet 2018 —

La Chine semble bien partie pour établir de nouveaux records de lancements de fusées. En janvier, la CNSA (China National Space Administration) annonçait vouloir réaliser une quarantaine de lancements de fusées en 2018. Pour le moment, la cadence est tenue. Ce rythme élevé permet à la Chine d’être présente partout : observation de la Terre, système de navigation par satellite, exploration de la Lune et de Mars, vols habités, station spatiale… De plus, les efforts de la CNSA sont soutenus par une industrie privée en plein essor : la start-up One Space a réalisé en mai dernier le premier tir suborbital d’une de ses fusées, tandis qu’une autre entreprise chinoise vient de se faire financer 90 millions de dollars pour développer son lanceur. Parmi la multitude de projets qui sont en train d’émerger en Chine, deux projets de la China National Space Administration sont stratégiques : le lanceur super lourd Longue Marche 9 (Chang Zheng-9) et la fusée réutilisable Longue Marche 8 (Chang Zheng-8).

Lors d’une conférence, un concepteur a révélé que la Longue Marche 9 aura un premier étage de 10 mètres de diamètre, ce qui est plus large que la BFR de SpaceX ou que la SLS de la NASA. Cette largeur est comparable avec la largeur de la Saturn 5. De plus, la fusée sera équipée de quatre boosters d’un diamètre de 5 mètres chacun. La Longue Marche 9 aura donc une largeur au sol de 20 mètres, pour une hauteur de 93 mètres. L’ensemble formera une masse totale de 4000 tonnes au décollage et sera propulsé par des moteurs développant 6000 tonnes de poussée. Cela permettra au lanceur de placer 140 tonnes de charge utile en orbite basse, 50 tonnes en orbite de transfert vers la Lune ou 44 tonnes en orbite de transfert vers Mars. La fusée sera utilisée pour une mission de retour d’échantillons martiens et pour des vols habités vers la Lune. La CNSA a conscience de l’ampleur du projet et se donne jusqu’à 2030 pour réaliser un premier vol.

La Longue Marche 8 devrait arriver beaucoup plus rapidement. Ce lanceur est la première tentative de la CNSA de mettre au point une fusée réutilisable comme peut le faire SpaceX. La Longue Marche 8 est un lanceur de moyenne capacité qui fera appel à deux boosters à poudre. Le premier étage et les deux boosters seront récupérés probablement en atterrissant verticalement. Les boosters pourraient ne pas se détacher du premier étage. La Longue Marche 8 pourrait être lancée dès 2021 et sera proposée sur le marché commercial international. Les prix proposés par la China National Space Administration devraient être très bas, ce qui ferait augmenter encore plus la cadence de lancement.

China will launch more rockets than Russia as early as 2018

– News of January 16, 2018 –

China is a rising power in all areas. This is also true in the space field. China has an ambitious space program, the scientific part of which bets on the space stations inhabited by lunar exploration. In 2017, China launched 18 orbital rockets, placing it third in the world behind the United States and Russia. But in 2018, China hopes to launch 40 rockets, it will put it ahead of Moscow and perhaps even in front of the United States if SpaceX does not respect the announced pace. In 2018, the Chinese should again use the heavy launcher Long March 5, which had failed during its second flight last summer. Yet it is a very important rocket for China because it is she who must put in orbit the different modules of the new Chinese space station. It is also she who must launch the Lunar exploration missions Chang’e.

All these shots are not made by the Chinese government. Like the rest of the planet, China is letting more and more private companies launch their rockets. One of them, LandSpace Technology, is expected to launch its LandSpace-1 rocket for the first time this year. LS-1 should eventually be marketed worldwide. A first launch contract with a Danish company has been signed. LandSpace-1 will have a one-ton capacity in low Earth orbit. But LandSpace is already working on a more powerful rocket capable of competing with Ariane 5 and the Falcon 9. Another important advance for the Chinese, ten satellites of the Beidou constellation should be launched this year. Beidou is the Chinese equivalent of American GPS. By way of comparison, Europe will only launch four satellites of the Galileo constellation during the same period.

The face of the space industry is changing profoundly. For decades, Russians and Americans shared the majority of launches, while Ariane allowed Europe to shine on the commercial front. The proliferation of countries and companies involved in the space sector should lead to a much more competitive and fragmented market in the coming years. Competition often generates innovations.

La mission Chang’e emportera des pommes de terre et des vers à soie sur la Lune

— Actualités du 9 janvier 2018 —

La Lune est devenue en 2017 le centre de toutes les attentions quand l’administration Trump a décidé d’en faire une priorité du programme spatial américain. Mais il n’y a pas qu’aux Etats-Unis d’Amérique que la Lune est d’actualité. Depuis quelques années, la Chine aussi est très investie dans l’exploration lunaire. Pékin espère même un jour lancer des missions habitées sur la Lune. Avant d’y arriver, il faut s’entrainer avec des missions robotisées. La Chine a beaucoup travaillé de ce côté-là avec les missions Chang’e. Le programme chinois d’exploration lunaire Chang’e a déjà envoyé deux orbiteurs et un rover vers la Lune. Ces missions ont toutes été des succès. A partir de juin 2018, une quatrième mission enverra un autre rover à destination de la face cachée de la Lune. Il sera accompagné d’un orbiteur qui viendra se placer au point de Lagrange L2 du système Terre-Lune. Chang’e devrait donc devenir la mission lunaire chinoise la plus ambitieuse à ce jour.

En plus des instruments scientifiques qui lui permettront d’étudier la surface de la Lune, le rover embarquera un petit cylindre aluminium contenant des graines et des insectes. Plus précisément, le conteneur embarquera des pommes de terre, des graines de la plante Arabidopsis, et des oeufs de vers à soie. Le but de l’expérience est de mettre en place un écosystème simple à la surface de la Lune. Les graines et les pommes de terre émettront de l’oxygène par photosynthèse, tandis que les vers à soie produiront du dioxyde de carbone. Les différents habitants du cylindre devraient donc être capables de s’entretenir les uns les autres pendant un certain temps. Ce sera également l’occasion d’observer le comportement de ces espèces dans un milieu où la gravité est faible. De nombreuses expériences sur des êtres vivants ont déjà été menées en microgravité dans les stations spatiales, mais la Lune avec sa gravité égale à 16 % de celle de la Terre représente un nouvel environnement.

Le rover devra parcourir une région de la Lune qui n’a encore reçu la visite d’aucun objet humain. C’est le bassin Pole Sud-Aïtken, qui est le plus grand bassin d’impact présents sur la Lune. C’est également l’un des plus grands bassins du système solaire. Il est le résultat d’un impact cataclysmique sur la surface de la Lune. Il mesure 2500 km de diamètre et 13 kilomètres de profondeur. Il est tellement immense qu’on ne parle plus de cratère d’impact, mais de bassin d’impact. Il a par ailleurs un intérêt particulier pour la communauté scientifique. La sonde spatiale indienne Chandrayaan-1, puis le Lunar Reconnaissance Orbiter de la NASA ont confirmé que cette région pourrait abriter de vastes quantités d’eau glacée, à tel point que le bassin d’impact Pole Sud-Aïtken est considéré comme un des meilleurs emplacements possibles pour une base lunaire. Le fait que les chinois ont choisi cette région pour mener leur programme d’exploration est logique car le pôle sud lunaire est un endroit où se produisent des pics de lumière éternelle. Ce sont des points géographiques où la lumière du soleil brille presque en continue. Cela représente un grand intérêt pour la colonisation. En y installant des panneaux solaires, on assure un approvisionnement en énergie stable et durable pour un base lunaire. Chang’e décollera cette année en deux parties. D’abord le satellite relais en juin, puis l’atterrisseur emportant le rover à la fin de l’année.

La Chine et la France collaborent pour la création d’un satellite

— Actualités du 7 novembre 2017 —

La Chine est en train de s’ouvrir à des collaborations internationales. Cela vient encore d’être le cas avec la présentation du satellite CFOSAT, un satellite franco-chinois issu de la collaboration entre le CNES et son équivalent chinois. C’est un satellite d’étude du climat qui va observer les interactions entre les océans et l’atmosphère terrestre. Les deux centres d’études vont chacun concevoir un des instruments qui équiperont le satellite, qui sera lancé l’année prochaine à bord d’une fusée Long March 2. Le satellite est prévu pour une mission de trois ans.

Au-delà de l’intérêt scientifique du programme, CFOSAT illustre parfaitement le rapprochement de la Chine avec des organisms internationaux, et avec la France en particulier. En effet, si le satellite n’a été présenté que le mois dernier, le projet a pourtant commencé depuis une dizaine d’années. Et ce n’est pas la seule de ce type. En avril, les agences spatiales européenne et chinoise avaient confirmé discuter la possibilité d’une base lunaire commune. L’ESA espère pouvoir réaliser des analyses sur les échantillons lunaires qui seront ramenés par la sonde Chang’e 5, qui a été repoussée en 2019. Enfin, les européens seraient favorables à l’envoi d’un ou deux astronautes dans la future station spatiale chinoise. Mais la véritable question est de savoir si une collaboration sino-américaine est possible.

Les deux puissances ont les yeux rivés sur la Lune, avec des programmes de vols habités en cours de développement. Mais il est actuellement impossible que la Chine et la NASA collaborent. En 2011, le congrès américain a voté un décret qui interdit formellement toute collaboration entre la NASA et la Chine. On peut être optimiste et se dire que rien n’empêche un décret d’être révoqué. Par exemple, les Etats-Unis d’Amérique coopèrent aujourd’hui avec la Russie dans le domaine spatial après des décennies de rivalité. Comme souvent, la solution ne pourra venir que d’une volonté politique forte. La conquête spatiale a toujours un enjeu de prestige national.

Il sera aussi intéressant de voir comment l’Europe se positionnera par rapport aux programmes ambitieux des autres agences spatiales. Peut-elle à la fois travailler sur la LOP-G avec les Etats-Unis d’Amérique et sur un projet de base lunaire avec la Chine, sans que les deux programmes ne soient liés ? Cela paraît absurde et peut-être que l’Europe devra faire un choix.

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